La comparaison tourne à l’extrême : quand l’un signe des contrats publicitaires mirobolants avec Virgin pour un coureur de fond, l’autre même s’il est devenu ingénieur en télécommunications vit dans une ville détruite, toujours sous la menace d’un attentat, qui se remet lentement de 20 ans de guerre civile.
Mohammed et Hassan ont été séparés à huit ans quand leur père Muktar, consultant informatique, a dû décider, pour des raisons financières, que sur ses 6 enfants, 3 seulement viendraient le rejoindre en Grande-Bretagne, afin de fuir la guerre. Mohammed est l’un d’eux.
Hassan, lui, confie au journaliste anglais qu’il battait souvent Mohammed à la course, quand ils s’époumonaient en fin de journée dans les rues de Mogadiscio. « Qui sait ? Nous aurions pu devenir tous les deux de grands athlètes », glisse-t-il, tout en avouant sa fierté pour la réussite de son frère, qu’il ne revit que bien plus tard, lors d’un séjour de Mo en Somalie.
Hassan raconte que lui et Mo partageaient absolument tout quand ils étaient gamin : nourriture, lit, jeux, et études. « Son départ a laissé un vide dans mon cœur », confie-t-il encore.
Néanmoins, les liens entre Londres, où vit Mohammed, et Mogadiscio sont ténus : Hassan raconte encore qu’après sa victoire dans le 10 000 m olympique, il a été l’une des premières personnes appelées par Mo.
Mo Farah n’oublie pas ses trois frères et sœurs vivant en Somalie : il a ainsi offert à son autre frère Faisal un tracteur. Sa sœur Nimo espère qu’elle recevra davantage d’aide de son frère.
Amran, la maman de Mo Farah, souhaite que son fils se rende rapidement en Somalie visiter ses frères et sœurs, tout en concluant sur Hassan : « Il aurait pu devenir lui aussi un grand coureur, il n’a pas eu la même chance ».
Arnaud Bébien