Suite aux mondiaux de Berlin, ce jeune Américain a connu une période de doute liée à une blessure à un pied l’obligeant à subir une intervention chirurgicale en 2011. Une fois la forme retrouvée, il hésite quant à la distance à choisir dans l’optique d’une éventuelle qualification aux JO de Londres. Au niveau US, il sait que finir dans les 3 premiers aux Trials sur le 5000 risque d’être compliqué. Ensuite, même sélectionné à quoi bon se rendre à Londres pour se faire sortir en série, car avec ses 13’22’’18 il s’estime vraiment limite face à l’armada africaine.
Il se souvient alors que lorsqu’il était encore junior tout en étudiant dans une université de l’Illinois, les entraîneurs ne comprenaient pas pourquoi, il n’essayait pas le steeple : « Ils me disaient que je possédais toutes les qualités pour devenir un très bon spécialiste. Selon eux j’avais l’endurance, la vitesse et la souplesse nécessaires. Il est vrai que pour m’amuser, il m’arrivait de participer à des concours de saut en hauteur. J’ai passé 1,90 mètre » : explique-t-il.
Désormais sous contrat avec l’université de Portland dans l’Oregon, Jerry Schumacher son nouveau coach lui suggère aussi de se lancer sur le steeple. En avril, sans réelles ambitions et simplement motivé par la volonté de se situer entre 8’20’’ et 8’40, il effectue son premier essai. Verdict : 8’26’’21. « Là j’ai compris qu’il fallait persévérer. Surtout que je n’avais travaillé les barrières et la rivière qu’à 4 reprises. Jerry me trouvait étonnant de facilité sur les obstacles. Ceci-dit, le talent ne suffit encore allait-il falloir bosser dur » : affirme cet espoir.
Après avoir dominé les trials et décrocher son ticket pour les JO, il a pu prendre part au meeting de Monaco, où touché par la grâce il hisse le record des Etats-Unis à 8’06’’21. A ce sujet, Evan admet : « Même si deux Kényans, dont je savais qu’ils n’iraient pas Jeux m’ont battu, ce résultat m’a mis en confiance à l’approche de l’échéance. J’avais beau savoir, que 3 Kényans encore plus forts que ceux-ci concourraient à Londres, je ne m’inquiétais pas. Je me sentais en mesure de rivaliser avec les meilleurs. D’autant plus que ce jour-là j’aurais pu gagner 1 à 2 secondes de mieux, car le premier km avait été assez lent »
Une fois à Londres, sans sombrer dans un excès de confiance sa seconde place en série en 8’16’’61 le conforte dans cette hypothèse, puisque des prétendants à la victoire émargent derrière lui.
Mais en finale, il reconnaît que son manque d’expérience des grands championnats et une faille dans sa préparation lui ont été fatals : « D’abord, je n’avais couru les 4 premiers tours aussi lentement. Cela n’a commencé à accélérer qu’à l’entame des 3 derniers. Je n’étais pas habitué à me retrouver coincé en peloton. Au cours des Trials, j’avais mené la course à ma guise. A Monaco des lièvres nous emmenaient sur des bases rapides avec pour conséquence d’étirer le groupe et de ne pas manquer d’espace avant d’aborder les barrières. Là, c’était trop compact et ça virait presque au pugilat. La seule façon de m’en sortir aurait été de faire l’extérieur, d’accélérer et d’enflammer la course. Toutefois, cela aurait été suicidaire de ma part. Courir groupés s’apprend. Enfin, bien que préparé à accomplir le dernier tour très vite, je n’ai pas compris ce qu’il s’est passé. 4 athlètes l’ont bouclé en moins de 57’’ et je suis demeuré scotché sur place à les regarder filer. Dans ce secteur, des modifications s’imposent à l’entraînement. Je m’étais livré à des simulations dans l’hypothèse d’un finish rapide, mais jamais au cours des séances je n’ai fait mieux que 59’’ dans un dernier tour en conclusion d’une séance difficile. Donc, à l’avenir je vais m’astreindre à bosser encore plus dur, si je veux me rapprocher de ces 56’’ »
Si ce « Néophyte » reconnaît avoir ressassé et éprouvé une certaine déception la semaine qui a suivie cette première finale, avec du recul il estime maintenant qu’il n’a pas à se plaindre de sa saison : « Pour un gars qui a commencé le steeple au printemps, avoir réalisé un tel chrono en meeting et obtenir une 6e place en finale olympique, ce n’est pas si mal. Je n’ai que 23 ans. L’an prochain aux mondiaux de Moscou, je tenterai de battre ce Français, médaille d'argent pour la seconde fois consécutive. Lui arrive à lutter à armes égales avec les ténors africains. Pourquoi pas moi ? »