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    Kenya: Saint-Patrick School, l'école des champions olympiques

    Pourvoyeuse de champions de course à pied, la Saint-Patrick School au Kenya attend le sacre aux JO de Londres d'un de ses élèves, le roi du 800m, David Rudisha. Reportage.

    Séance d'entraînement à Saint Patrick School. © Bruno Poussard, tous droits réservés.

    Nichée sur les hauts et verdoyants plateaux kényans, à plus de 2.000 mètres d'altitude, la Saint-Patrick High School dégage un parfum de royaume des dieux.

    Si l'école ne se dresse pas au-dessus du berceau des Jeux olympiques, tel le mont Olympe surplombant Athènes, elle est la plus grande fabrique de champions de course à pied de l'histoire olympique.

    Dans les jardins de l'établissement, créé en 1961 par des missionnaires irlandais, chaque carré d'herbe respire la légende.

    Ici, une pierre rend hommage à Matthew Birir, ancien élève de l'école, et champion olympique sur 3.000 mètres steeple à Barcelone en 1992.

    Plus loin, c'est Ibrahim K. Hussein, premier africain à remporter le mythique marathon de Boston, en 1988, et lui aussi passé par les bancs de la Saint-Patrick, qui est à l'honneur au pied d'un arbre à son nom.

    Deux pépites de l'école, parmi tant d'autres. Depuis sa naissance, l'institution a envoyé des dizaines et des dizaines d'athlètes fouler les pistes en tartan du monde entier.

    Dans cette pluie de records, l'un impressionne plus que tout autre. En 1988, dix athlètes de l'établissement ont participé aux JO de Séoul.

    Une génération dorée, dont le souvenir subsiste en photos dans la cafétéria de l'école. Et une performance unique dans l'histoire.

    Le succès d'un homme

    Son incroyable ascension dans l'univers de la course à pied, la Saint-Patrick l'entame dans les années 1980.

    A partir de 1983, les coureurs de la Rift Valley engrangent leurs premiers succès sur la scène internationale. Depuis, plus de 25 athlètes de l'établissement ont décroché un titre planétaire. Et 12 ont glané une médaille olympique.

    Son succès, l'école le doit en grande partie à un homme: frère Colm O'Connell. Un religieux irlandais qui pose ses valises dans la bourgade d'Iten, en 1976.

    Venu initialement pour une mission de trois mois, ce professeur de géographie, modeste entraîneur de football dans son pays, ne repartira finalement jamais.

    Ex-directeur et coach numéro un de l'établissement, «Bro Colm», comme le surnomme ses athlètes, est un extraordinaire dénicheur —«c'est le plus gros du travail», dit-il, modeste— et formateur de talents.

    A ses côtés, les perles kényanes de la course à pied donnent leur pleine mesure pour dominer sans partage les disciplines du fond et du demi-fond. Quel est le secret de ce sorcier blanc?

    Dans sa maison, installée à quelques dizaines de mètres de l'enceinte de l'école, le sexagénaire irlandais accueille avec plaisir le visiteur pour lui conter les exploits de ses coureurs. Et lever une partie du voile sur la recette de leurs succès.  

    «A la Saint-Patrick School, nous ne formons pas seulement des athlètes. Notre travail est d'abord d'éduquer intellectuellement nos élèves. Chez nous, un grand coureur est d'abord un bon élève», note Colm au milieu de son salon, aux murs ornés de médailles et clichés à la gloire de ses champions.


    La méthode «douce»

    La grande majorité des adolescents inscrits dans cette école élitiste et réservée aux élèves de milieux défavorisés aux excellents résultats scolaires, ne deviendront d'ailleurs jamais des athlètes de haut-niveau.

    Si cet enseignement de qualité est l'une des pierres angulaires du succès de ses coureurs, brother O'Connell est surtout connu pour sa méthode «douce» sur la piste.

    Lorsqu'on l'interroge sur ce point, le visage buriné de cet homme de foi s'illumine.

    «Notre méthode est différente de celle des Européens. Ici, nous travaillons pallier par pallier, en laissant les jeunes grandir à leur rythme. Il n'y a pas de charges de travail excessive. La formation d'un athlète talentueux ne débute pas avant 13-14 ans. Il ne faut pas que l'entraînement soit trop sérieux au début, la technique s'introduit au fil des ans. Je crois beaucoup au travail psychologique. J'ai une relation humaine très forte avec mes champions.»

    L'actuel principal de l'établissement, M. Oyuga confirme:

    «Il ne les entraîne que le matin ou le soir.»

    David Rudisha, l'exemple de l'école

    Erigé en temple de la course à pied, l'établissement attire de nombreux jeunes de toute la région.  

    «D'autres professeurs m'aident au recrutement, notamment en se déplaçant dans des compétitions d'écoles primaires, précise Colm. Mais nous n'avons pas besoin d'aller bien loin.»

    Avec les talents du coin, pour la plupart de la tribu des Kalenjins, il remplit aisément ses groupes d'entraînement. Au total, «Bro Colm» encadre 40 coureurs de 13 à 19 ans à la Saint-Patrick School.

    Parmi les Kényans présents aux Jeux olympiques de Londres, plus d'un est passé entre ses mains.

    C'est le cas de Vivian Cheruiyot, spécialiste du 5.000 et 10.000 mètres, dont il nous montre, en vidéo, les derniers exploits, sur un téléviseur d'un autre âge.

    Ou encore Edna Kiplagat qui, elle, sera au départ du marathon le 5 août 2012. Toutes les deux ont déjà été titrées aux championnat du monde d'athlétisme de Daegu, en Corée du Sud, en 2011.

    Mais Colm O'Connell est surtout sous les projecteurs pour être actuellement le coach d'une des stars de l'athlétisme mondial.

    Depuis 1993, à la demande de coureurs sortis de l'école, il dispose de son propre groupe de coureurs.

    «Mais, je n'en ai que 3 ou 4, coupe-t-il. C'est une énorme responsabilité. Il faut pouvoir leur donner une attention individuelle. Il n'y a pas que l'entraînement, il faut beaucoup parler, manger avec eux, regarder la télévision avec eux...»

    Symbole de ce lien affectif, plusieurs de ses anciens athlètes sont aujourd'hui ses voisins.

    Son protégé le plus talentueux est un demi-dieu au Kenya. David Rudisha, champion du monde en titre sur 800 mètres, détient aussi le record planétaire de la discipline.

    Il est un modèle pour tous les jeunes coureurs de l'école, comme le grand Wilson Kipketer —multiple champion sur 800 mètres et naturalisé danois— en fut un pour lui.

    Dans le groupe d'entraînement de «Bro Colm» —ou «d'apprentissage» comme il préfère l'appeler— Rudisha côtoie ainsi Isaac Sangok et John Kemboï qui n'ont, eux, pas passé les difficiles sélections kényannes.

    Des athlètes parmi tant d'autres

    Tout ce groupe se rend plusieurs fois par semaine sur la piste de l'université d'Eldoret, à quelques kilomètres d'Iten.

    En fin de matinée, l'agitation y règne. Brother Colm et les siens débarquent à l'heure où les autres terminent leur séance.

    Ici, les groupes enchaînent les séries de 10 fois 400 mètres ou 20 fois 200. De nombreux champions se croisent.

    Autour de la piste, Colm n'est pas le seul «Muzungu» («homme blanc», en swahili). Renato Canova, ex-entraîneur du champion somalien naturalisé anglais Moh Farah, est aussi de la partie.

    La plupart de tous ces acharnés viennent des plus gros camps d'entraînement des hauts plateaux, de Iten ou Kaptagat.

    Ils profitent de l'altitude et de l'encadrement pour progresser. C'est le cas du camp de l'Italien Gianni Demadonna.

    Entourés d'un gigantesque mur et d'un staff de 12 personnes, ils sont 36 athlètes à y vivre, dont le coureur de 10.000 m, Wilson Kiprop qui sera aussi à Londres.

    Mais, dans la région, tous ne profitent pas des mêmes conditions. Ils sont des centaines à rêver les yeux ouverts d'un destin à la David Rudisha.

    Dès les premières lueurs du jour, les foulées d'une multitude d'athlètes résonnent sur la terre rouge des sentiers alentours.

    «Cette opportunité donnée par l'athlétisme, c'est la motivation de tous», confie Colm O'Connell.

    Du footing quotidien pour se rendre à l'école à la gloire éternelle qu'offre une participation aux Jeux olympiques, c'est la voie que tous rêvent d'emprunter.

    Et l'un des chemins les plus sûrs pour accéder au Graal est sans nul doute la Saint-Patrick School.

    Camille Belsœur et Bruno Poussard, à Iten (Kenya)

     

    Retrouvez notre dossier JO 2012: les espoirs de l'Afrique

     

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